De la République Macron nous a-t-il vraiment parlé?

06/09/2020

De la République, Macron nous a-il vraiment parlé ? Panthéon, 150 ème anniversaire de la République

Pour le 150 ème anniversaire de la République, Emmanuel Macron a prononcé un discours au Panthéon à Paris.

J’ai attentivement écouté le locataire de l’Elysée.
Il a parlé de République.
Il y eut de belles phrases sur l’histoire et sur les belles valeurs que porte la République.

Par delà la politique politicienne et d’un pour ou contre Macron, l’anniversaire des 150 ans de la République, proclamée par Léon Gambetta en 1870 pour la troisième du nom, méritait une commémoration qui aurait pu être l’occasion de célébrer un unité nationale à renouveler pour regarder loin, bien au-delà des frêles épaules d’Emmanuel Macron.

J’eus aimé, citoyen et professeur d’histoire que je suis, vibrer à l’évocation de cette histoire, de notre histoire, de ces Républiques faîtes de tant d’évènements, de rebondissements et de sursauts qui ont fait de la France une terre particulière pour tellement de peuples.

Il n’a pas dessiné l’histoire et les contours de la République.
Là ou De Gaulle « avait une certaine idée de la France », il n’a esquissé que les contours d’une République, sa vision d’un République, feuille de route pour 2022.

Il a bien récité le discours d’un communicant, certes doué et cultivé, pour ne parler qu’à des parties d’électorat, quand il aurait pu s’adresser à toute la Nation.

Il a convoqué de grandes figures de notre histoire nationale dans un subtil dosage servant sa définition et ses buts politiques, tout en prenant le soin d’y affirmer des provenances géographiques différentes, non pour faire écho à une diversité qui s’est fondue dans une définition commune, la citoyenneté, mais pour en souligner les juxtapositions au regard de notre situation actuelle,
de Marie Curie, polonaise, à Joséphine Baker, américaine, en passant par Félix Éboué, guyanais.

Il récupère, opportunément, la figure de Gisèle Halimi, dans un contexte de nouvelles luttes pour l’égalité homme-femme.

D’autres grands noms sont égrainés tout au long du discours, non pour leurs idées, combats et apports dans la République, mais parce qu’ils participent à construire une nouvelle image du futur candidat… Voltaire, Schoelcher, Hugo, Dumas, Camus, Zola, Malraux, Césaire, Mauriac, Marc Bloch, Bodin, Condorcet et Rousseau.
C’est un catalogue, une galerie symbolique qu’Emmanuel Macron voudrait que l’on voit de lui.

Je remarque qu’aucune figure marquante de notre histoire des 50 dernières années n’est citée.
Est-ce la reconnaissance implicite et inavouée que De Gaulle fut le dernier grand Président de la France ?

Il est amusant, mais triste pour moi, de voir convoquer un tel arsenal culturel, quand en ce même mois de septembre 2020, la revue Le Débat, fondée en 1980 par Pierre Nora,édite son dernier numéro avant de disparaître du paysage intellectuel français, deux ans après la mort, en 2018, de la revue Les Temps Modernes, fondée en 1945 par Jean Paul Sartre… tout cela sous le mandat d’Emmanuel Macron.

Passé ces regrets, le discours livré, est l’affirmation d’un ancrage à droite dans les valeurs qu’il défend en refusant les séparatismes, d’une part, et en définissant la République, non comme une rupture avec l’Ancien Régime, mais comme une continuité de la Royauté.

On comprend donc mieux par deux fois l’appel ou la récupération de Charles Péguy, dont il donne une citation « La République… notre royaume de France ».
Cette citation tirée de l’ouvrage l’Argent, de Charles Péguy, paru en 1913, critique très fortement les valeurs de la bourgeoisie financière d’alors… Quelle ambiguité !

Peu importe au fond, tous les discours, même ceux prononcés au Panthéon, ont un contenu politique qui ne peut échapper au contexte historique dans lequel ils sont prononcés.
C’est juste une nouvelle occasion manquée pour Macron de devenir le Président de la France, de la République.

Je suis donc resté de marbre, sans frisson, à l’évocation de cette belle et tumultueuse histoire de la République.
Non, je n’en veux pas à Emmanuel Macron. Il ne peut me décevoir, je n’ai jamais cru en lui.
Il ne fait que poursuivre, ce pourquoi il a été installé à l’Elysée, celui de représenter un groupe, les puissants de ce monde, d’accomplir une politique, libérale économiquement, et de poursuivre l’édification d’une idée, sans fondement politique, l’Europe.

Nous garderons comme acquises, quelques formules, qui, on le veuille ou non, ont été prononcées par un chef d’État...
« C'est la liberté de conscience, et en particulier la laïcité, ce régime unique au monde qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire, mais qui n'est pas séparable d'une liberté d'expression allant jusqu'au droit au blasphème. »

« Alors Matthew, Nora, Patricia, Catherine, Anna, c'est à vous aujourd'hui de reprendre le flambeau avec beaucoup d'autres, de faire vivre la promesse républicaine, dans ces bourrasques des temps. Reprendre le flambeau et le confier à notre jeunesse, représentée par des collégiens qui nous entourent ce matin. Notre jeunesse, qui doit continuer de garder ce goût des rites républicains, le service national universel, beaucoup d'autres institutions y concourent. Notre école républicaine, on a la mission, et nos professeurs, continuer d'emporter l'exigence. Notre jeunesse de France à qui je souhaite d'aimer la République d'une passion toujours intacte. »

Il affirme que « le droit de vote, […] est  indissociable de la soumission au verdict des urnes »…
Un peuple ne se soumet pas, il consent, par raison.
C’est amusé que je note ce lapsus révélateur d’un homme qui sait, en son for intérieur, qu’il n’est qu’un Président par défaut et non par choix de la Nation.

Pour conclure, je ne peux m’empêcher au non dit de ce discours, où la République Française, Laïque, une et indivisible, n’a pu exister, ne peut exister, dans ses valeurs, ses libertés, ses enfants célèbres, que parce qu’elle a su édifier, construire et porter une politique industrielle, économique, financière et fiscale… pour assurer l’indépendance et le rayonnement de ses valeurs universelle... tout ce que l’actuel locataire de l’Elysée laisse filer, démantèle et détruit dans une globalisation sans
merci.

Les Cent Cinquante Ans de notre République méritait mieux qu’un discours de campagne.

 
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